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Billet de (mauvaise) humeur

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Redonnons à l’éducation nationale les moyens d’enseigner les valeurs de la République.

J’enrage quand j’entends de jeunes français issus de l’immigration siffler la Marseillaise, car immédiatement je pense à ces immigrés du Réseau Manouchian qui la chantaient avant de tomber sous les balles allemandes. J’enrage quand je vois ces mêmes jeunes à Toulouse brûler le drapeau français, car je pense à ces soldats de l’An II ou à ces grognards de l’Empire groupés sous la mitraille austro-russe autour de notre étendard national, le même qui, en 1966, recouvrait le cercueil de mon père médaillé de la Resistance, Légion d’Honneur et Croix de Guerre, pour son action clandestine pendant l’Occupation. Oui, j’enrage car si mon père a quitté, devant la montée de l’antisémitisme, sa Roumanie natale, si ma mère , après avoir participé à la révolution bolchévique, s’est exilée à cause des dérives du communisme, ils n’ont pas choisi la France comme terre d’asile par hasard.

Pour eux, la France était le pays du Siècle des Lumières, de Voltaire, de Jaurès, de la Déclaration des Droits de l’Homme, pour eux la France était ce creuset où tant d’hommes et de femmes d’origines, de cultures, de religions différentes avaient pu, au cours des siècles, former une seule nation en une seule âme, une seule identité.

Alors je me pose la question : tous ces immigrés de la génération de mes parents, ces polaks, ces ritals, ces juifs d’Europe Centrale que l’on traitait avec mépris de youpins qui, dans ces années 20 difficiles, vivaient le plus souvent dans des taudis de Belleville ou des bidonvilles des portes de Paris, qui n’avaient ni allocation chômage, ni CMU, ni Sécurité Sociale, pourquoi vénéraient-ils la France souvent jusqu’au sacrifice et, pourquoi, aujourd’hui, une partie de la jeunesse issue de l’immigration, ayant souvent la nationalité française, ne se reconnait pas comme française, allant parfois jusqu’à haïr notre pays, et ne veut pas se fondre dans ce socle commun des valeurs de notre République qui sont les fondements de notre identité nationale ?

Alors faut-il se voiler la face et ne pas répondre à cette question, et surtout chercher des solutions aux problématiques qu’elle soulève ? Oui, je sais que pour les ayatollahs de la pensée unique soixante-huitarde et bien pensante qu’il est malséant, diviseur et démagogique de soulever ce problème. Dois-je leur rappeler que leurs idéologues pensaient que le mot « Nation » sentait mauvais le nationalisme, qu’il était ringard d’enseigner l’éducation civique à l’école, qu’il fallait défier l’autorité de l’Etat et de ses représentants parce que c’était un Etat bourgeois.

Alors, ne leur en déplaise, redonnons à l’éducation nationale les moyens d’enseigner les valeurs de la République (les adopter n’est pas renier nos origines, que l’on soit d’ancêtres bretons ou maliens), luttons contre toutes formes de communautarismes, n’acceptons pas que des fanatiques religieux haïssant l’Occident dévoient la pensée des jeunes de nos cités et incitent trop de nos compatriotes à un amalgame simpliste contre une religion qui, comme les autres, dans les règles de la laïcité, a sa place dans notre pays. Heureusement, une grande partie des jeunes issus de l’immigration se sent Français, et en est fier.

Le rejet de la nationalité souvent adossé à un rejet sociétal parfois violent et délinquant d’une partie d’entre eux, et l’image qu’il donne, sert trop souvent d’alibi à des comportements conscients ou inconscients (discrimination à l’embauche, délit de faciès, etc.). Trouver des excuses ou être solidaires des uns ne peut que renforcer l’opinion des autres. Ne pas rappeler que si la République donne des droits elle exige aussi des devoirs, ne pas vouloir aborder le problème des flux migratoires et soutenir l’immigration clandestine d’une part, ou inversement faire son terreau sur la peur de l’étranger et le refus de l’autre, ne pas insister sur ce qui nous rassemble en tant que citoyen (l’identité nationale), ne pas accepter tout ce qui nous différencie en tant qu’individu (religion, traditions), tout ceci risque de créer une dangereuse fracture.

Il est temps que les Français, en toute sérénité, puissent aborder ces problèmes. Le Président de la République a eu raison de lancer ce débat.

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