s'abonner: Articles | Commentaires

Ecole : Peillon copie sur Lang

Commentaires fermés sur Ecole : Peillon copie sur Lang

François Hollande avait promis de refonder l’école. Mais les mesures annoncées par Vincent Peillon nous renvoient moins à Jules Ferry qu’à Jack Lang. Vincent Peillon n’a pas eu de mots assez durs, lors de la rentrée scolaire, pour condamner le bilan de la précédente majorité. « Le temps où l’on peut s’attaquer aux enseignants et mépriser la transmission du savoir […], ce temps-là est fini ! ». En même temps qu’il annonçait la création de nouveaux postes, surtout dans le primaire, le ministre de l’Éducation nationale confirmait qu’il souhaitait modifier le système de notation des élèves, qu’il juge traumatisant. Ces deux annonces (plus de postes, moins de sanctions) dessinent une politique que résumera la loi d’orientation scolaire préparée par le ministère : le “copier-coller” de ce que fit Jack Lang en son temps. Pas vraiment rassurant.

 Plus de postes…

Dans les manifestations lycéennes ou syndicales, un slogan revient toujours : “Plus de profs, plus de moyens !”. Le nouveau ministre semble avoir compris le message : Vincent Peillon a annoncé plusieurs mesures. Pour la rentrée 2012 : création de 1 000 postes de professeur des écoles, afin « d’apaiser les tensions » et faire face à l’augmentation du nombre d’écoliers.

Pour le secondaire, recrutement de 280 professeurs certifiés supplémentaires dans les disciplines les moins pourvues (mathématiques, lettres modernes, anglais), pris sur les listes complémentaires des candidats admissibles à l’agrégation.

À quoi s’ajoutent 100 conseillers principaux d’éducation, 2 000 assistants d’éducation, 1 500 postes supplémentaires d’auxiliaire de vie scolaire et la reconduction des 12 000 contrats aidés arrivés à échéance. Enfin, grande spécialité des gouvernements de gauche, un nouveau métier sera créé : celui d’Assistant chargé de Prévention et de Sécurité (APS), dont la mission sera de « mettre en place une politique de prévention des violences scolaires et de concourir à la gestion des cas de crise grave compromettant la sécurité des personnes et des biens »… La gauche s’engage à « refonder » l’école en dépensant toujours plus. Pourtant, avec 61 milliards d’euros, un montant qui n’a cessé d’augmenter, l’Éducation nationale reste le premier budget de l’État. Avec plus de un million d’employés (dont près de 900 000 professeurs – pour 12 millions d’élèves, en légère baisse), le ministère de la rue de Grenelle compte parmi les dix plus grands employeurs au monde, avec des dépenses de personnel qui absorbent 94 % de son budget.

Il faudrait toujours plus de professeurs ? En 2013, 6 000 étudiants boursiers, recrutés dès la deuxième année de licence, bénéficieront pendant trois ans d’une aide financière (900 euros par mois) pour effectuer des missions “périscolaires” dans les collèges et lycées. En contrepartie, ces “étudiants-futurs enseignants”, dont les qualités éducatives comme le niveau de maîtrise de leur discipline ne sont nullement avérés et qui, mixité sociale oblige, seront recrutés dans les zones défavorisées, s’engageront à se présenter à un concours de recrutement de l’Éducation nationale.

Le but de la manœuvre ? Donner le goût et l’expérience de l’enseignement à de jeunes étudiants et lutter ainsi contre la baisse du nombre de candidats aux concours (– 53 % en un an pour le Capes de mathématiques). Selon Vincent Peillon, en effet, « il n’y a pas de crise des vocations mais une crise du recrutement ». Comprendre : si l’État joue son rôle, les professeurs seront au rendez-vous. Il est à craindre que cette politique volontariste fondée sur une dépense toujours plus importante, ne suffise pas à sortir l’école de l’impasse.

…moins de notes

Est-ce de la dialectique (Peillon est agrégé de philosophie) ou de la langue de bois ? En août dernier, le ministre de l’Éducation s’est dit contre la suppression des notes à l’école tout en plaidant pour un système – « l’évaluation formative » – qui, s’il était appliqué, conduirait à leur abandon. « Il faut, a-t-il dit, qu’il y ait une évolution de la façon dont nous notons. […] La note doit pouvoir être aussi un encouragement et pas un découragement, parce que les élèves français, à part les petits Japonais, sont les plus malheureux au monde. »

Qu’un ministre de l’Éducation nationale puisse assurer, sans la moindre preuve, que les jeunes Français sont parmi les plus malheureux au monde est pour le moins surprenant. Ce n’est pourtant pas la première fois que Vincent Peillon associe l’échec scolaire et le désarroi des élèves à leur notation. Devant les parents de la Peep, il avait estimé que l’évaluation, perçue comme une sanction, était source de souffrances. Et de plaider pour un
« changement de pédagogie » afin de placer le « bien-être des élèves » au cœur du projet scolaire.

Début septembre, 80 % des Français se sont prononcés contre la suppression des notes à l’école, dans un sondage Ifop-Metro. Vincent Peillon aura-t-il la sagesse de les entendre ?

Sur Facebook

commentaires

Les commentaires sont clos.